L'enceinte enfiévrée du Nouveau Siècle lillois aura résonné hier de l'écho laissé par l'un des artistes internationaux parmi les plus engagés. Une voix de l'Afrique s'est exprimée sur l'aide
nécessaire aux plus démunis. Youssou N'Dour pratique l'argent responsable, et ce fut une démonstration.
« J'ai un nom et je fais de la chanson. » Il y a vingt ans, le jeune Youssou levait le poing avec Peter Gabriel pour combattre l'apartheid sur les mégascènes du rock humanitaire. Vingt ans sans jamais baisser le bras des causes « justes », comme il dit. Lunettes noires, chemise blanche, veste noire, il prend la parole hier devant un public qu'on aurait souhaité plus enthousiaste pour le recevoir.
Youssou N'Dour était l'invité d'honneur de Philippe Vasseur, président d'un forum mondial de l'économie responsable qui s'achèvera ce midi à Lille sur cette question : « Comment parvenir à un nouvel ordre économique et financier mondial ? » Youssou, lui, a bien sa petite idée. « Avec mon succès, je gagne de l'argent et j'ai fait ce que j'ai pu pour aider les gens, notamment chez moi, à Dakar. Mais cela ne suffisait pas. Un jour, un jeune a demandé rendez-vous. Je l'ai reçu, il ne voulait pas d'argent, juste m'en emprunter. Il était cool, honnête et digne. Il m'a remboursé, je venais de faire mon premier microcrédit. » Il se penche en avant, la posture suggère le besoin de passer un message. « En 2007 j'ai créé Birima, ma société de microcrédit, du nom d'un roi wolof que tout le monde aimait et qui aimait la musique. Au Sénégal, 7 % des gens sont "banquables", les 93 % qui restent ont besoin d'argent pour manger, prendre une deuxième femme, travailler ». Il dit que « les gens ont peur de l'argent, croient qu'il n'est pas pour eux ». C'est comme les ordinateurs, « il est fait pour les Blancs ». Bon patron, Youssou ? « Je ne suis pas un banquier, ni un patron. J'ai juste de l'émotion. » Un groupe de presse avec un projet de télévision, une discothèque, un orchestre et à présent Birima : le business du coeur ne semble pas être une question d'argent.
« J'ai donné 150 000 E pour que ça démarre et après je laisse des gens compétents se charger du développement. Vous savez, je suis juste un artiste du monde qui ne veut pas quitter son pays natal. Des banques veulent profiter de Birima, je le refuse.
Les gens, chez moi et ailleurs, ont besoin de vivre dans la dignité, sans tendre la main... » •
PAR YANNICK BOUCHER
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